Voilà maintenant quelques semaines que le président de l’Assemblée
nationale a remis, au président de la République, son rapport sur
« l’engagement citoyen et l’appartenance républicaine ». L’une de ses
propositions « phare » retient l’attention des jeunes militants et engagés
que nous sommes : le vote obligatoire.
Or, face à ce qui représente pour nous une bien mauvaise initiative,
elle illustre de surcroît la philosophie gouvernementale depuis quelques
années : le déni de réalité.
Acquis depuis 1946 sans distinction de sexe, le suffrage universel direct
caractérise le lien démocratique qui unit administrés et gouvernants. Il
s’illustre depuis lors, sans faiblir, à chaque élection présidentielle et
municipale, mais déçoit un peu plus à chaque élection locale
intermédiaire. Les dernières élections départementales ont ainsi
concédé une abstention record, où moins d’un français sur deux est
allé aux urnes.
La panne électorale fragilise notre démocratie. Son constat interpelle et
oblige. Mais pas à n’importe quel prix. Plutôt que d’apporter au
détournement et à la défiance générale, puisque c’est ainsi que cela se
caractérise, des solutions pour obtenir du corps électoral qu’il se
mobilise à nouveau, plutôt que de porter des réformes structurelles
que chacun d’entre nous attend, faute de courage politique en somme,
les pouvoirs publics optent pour la contrainte, le vote subi, pour la
culpabilisation du corps électoral.
Dans cette perspective, quel sens donné au « devoir » électoral ? Avec
le vote obligatoire il n’est plus. De l’obligation morale à la participation
démocratique naîtra la contrainte électorale. C’est une fois encore assez
peu considéré l’électeur, quand bien même l’on souhaiterait qu’il porte
encore le nom « d’électeur ».
Puisque c’est cela le fond du problème. Le choix du régime
démocratique c’est la confiance dans le bon sens, et l’intelligence du
citoyen. Dès lors que l’obligation politique et sociale est établie par la
loi, ce lien est rompu. La défiance ne peut donc qu’être plus grande, ne
peut que croître à l’endroit du rôle de l’électeur et plus tard, à l’endroit
du régime démocratique lui-même. Si le lien de confiance prend un
jour le nom d’une loi ce sera véritablement le début d’un crépuscule
démocratique.
Ce sont pour, entre autre, ces quelques raisons précédemment
évoquées que les jeunes militants, engagés et citoyens, actuels ou en
devenir, que nous sommes, émettons des réserves certaines à
l’instauration d’un vote obligatoire.
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